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Eduquer son fils avec des valeurs féministes

Education féministe

Je suis une femme de 31 ans, féministe et maman d’un petit garçon de 8 ans et demi.  

Elever un enfant, c’est déjà compliqué. Non contente d’essayer d’être une bonne mère, j’essaye de lui inculquer des valeurs féministes. 

Malgré mes principes, à mesure qu’il grandit, la société, “l’extérieur” prennent de plus en plus de place dans sa petite tête. Les “ennemis” sont alors plus nombreux et le challenge pour l’éduquer avec des valeurs féministes, plus ambitieux. Une éducation féministe est un chemin idéalisé mais en réalité bien solitaire sur lequel j’avance incertaine. Cela dit c’était une évidence. 

Pourquoi une éducation féministe ?

Enceinte, sa condition d’homme m’inquiétait. Une fois, je me souviens être restée longtemps près de la fenêtre en imaginant l’homme qu’il deviendrait et comment j’étais censée, moi, le préparer à la violence que je voyais dehors. Oui, j’ai conscience que cela peut sembler dérisoire face à celle à laquelle sont soumises les femmes. Je le sais, je l’ai vécu. Mais les hommes ont leur propre violence. Celle qu’ils s’infligent entre eux avant de nous tomber dessus. Une violence que l’on justifie comme naturelle dont les hommes seraient bourreaux et martyrs mais finalement toujours victimes. 

Le monde des hommes ressemble à un son de Shurik’n :”L’oeil au beurre noir, vaut mieux le faire que l’avoir”.

Comment pourrait-il y échapper si tout autour de lui lui rappelle qu’il est un homme donc bestial, instinctif ? Combien de fois vais-je devoir le ramener à la raison quand la société lui donnera le terrain pour la fureur ?

Mon rôle de maman d’un garçon est plus compliqué que de faire en sorte qu’il soit celui qui met les coups plutôt que celui qui les reçoit. “Si ma peur se restreint à ma crainte que tu sois la victime, quel genre d’homme seras-tu ?”  

Arrêtons de vouloir faire des hommes forts et pour cela élever son fils avec des valeurs féministes qui remettent en question la société et les genres semblent la seule voie.  Finalement, élever un garçon semble être un enjeu de société mais comment faire ? 

Comment donner des valeurs féministes ?

Est-ce qu’élever une fille, c’est un peu comme préparer la révolution ? On lui explique à quelle liberté elle peut prétendre, on lui en donne le goût. Elle se rend compte ensuite qu’avec cette dite liberté, elle ne rentre pas très bien dans les cases que la société lui a imposées, elle y est à l’étroit, mal à l’aise. Le retour en arrière devient possible. Et puis on l’arme à coup de Virginie Despentes, Angela Davis ou Shirley Hite pour qu’elle se fasse ses propres espaces à coup de marteau et burin s’il le faut. Mais bon moi, j’ai un garçon !  

Encore aujourd’hui,  je suis terrorisée par le titanesque de cette tâche. Élever un garçon, c’est un travail de Shiva, un rappel constant que certains privilèges ici et là seront certes confortables pour lui mais inacceptables. 

D’ailleurs quand on pense aux enfants, le terme “élever” a perdu tout son sens. On pense protection ; le nourrir, le loger et l’habiller jusqu’à ce qu’il devienne un adulte indépendant. Pas mieux que l’agriculteur et son cheptel. Réducteur, n’est-ce-pas?! “Élever”, c’est lever à un niveau supérieur. 

Elever un féministe dans un monde sexiste

Il me regarde avec de grands yeux lorsque je lui dis que je n’ai jamais joué à la barbie enfant. 

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Et j’ai déjà un temps de retard sur elle. Elle ne cesse de lui donner une idée de ce qu’est un homme, ce qu’est une femme, des préjugés comme des espaces spécialement crées lui. Elle va plus vite que moi qui ai tendance à penser que je dois l’élever par l’exemple. Une éducation passive qui finira par infuser me dis-je. Mais des idées préconçues, venues de l’extérieur, semblent infuser plus rapidement dans son esprit. 

Le débat sur cette construction qu’est le genre est tellement complexe que tout devient questionnement et s’immisce dans mon éducation. Ensemble, nous avons eu des discussions sur les garçons et les filles, lu des livres sur le corps, le consentement, le harcèlement, etc. À bientôt 9 ans, nous avons déjà dépassé ce stade où je pouvais le laisser pousser dans cet espace indéfini, ni féminin, ni masculin. Aujourd’hui il s’identifie comme un garçon et préfère ce qu’aime tous ses petits copains (le bleu, vert, Ninjago et les dinosaures, etc)… Est-ce que me suis loupée ou alors est-il juste à l’aise dans ses petites baskets Naruto cisgenre ? Je n’en sais rien, je ne suis pas un homme. Je n’ai jamais été un garçon. Je n’ai pas été élevé par une féministe.

À ce stade, j’ai l’impression de faire un travail de rabâchage ; lui rappeler sans cesse que des petites filles voudront un jour peut-être jouer avec lui aux billes, aux ninjago ou à la course dans la recré. Petit à petit, il en arrive à cet automatisme de réfuter ce qui lui est présenté comme “pour les garçons”. 

Cependant c’est le contraire qui se passe. Plus petit, il aimait mettre du vernis à ongle “bleu parce que c’est sa couleur préférée”. Aujourd’hui il ne le fait plus “parce que c’est pour les filles”. Mais une voix me dit que, peut-être, se l’autoriserait-il s’il ne craignait pas quelques railleries.  

Aujourd’hui il ne voit pas de problème à ce que des filles veulent jouer aux dinosaures ou au foot mais pour autant, et malgré nos discussions il s’impose également des restrictions. En réalité, le problème ne vient pas de qu’il n’autoriserait pas un-e autre à faire mais plutôt de ce qu’il ne s’autorise plus lui-même. 

Le manque de témoignage

J’avoue me sentir un peu seule et sous pression dans cette histoire.

Alors oui, élever mon fils avec des valeurs féministes semble une évidence. Et si on se fie à Internet, il semblerait qu’il n’y ait que des éducations féministes réussies avec des enfants devenus géniaux, des modèles sociétaux, des caricatures d’équilibre, non genré-e-s et tout et tout. Si tel est le cas, tant mieux.

Mais “l’élévation” avec des valeurs féministes, c’est aujourd’hui, donner à mon fils une autre échelle d’acceptable qui rentre directement en contradiction avec pratiquement tout autour de lui : son père, l’entourage à l’école, les copains, etc ; c’est lui faire se poser des questions très tôt, très vite et lui apprendre, avec intelligence et respect, à se confronter et quelque fois (même surtout) me confronter à lui sur certaine idée qui débarque de l’école. La vérité est que j’ai l’impression de beaucoup me confronter à mon enfant par conviction et j’ai peur que notre rapport en soit entaché. 

Une éducation féministe sans exemple

Pourtant c’est un chemin de croix qui est idéalisé. Je n’ai aujourd’hui jamais entendu de discours nuancés. Nous manquons de témoignage, de parole de militante ayant des regrets quant à l’éducation qu’elles ou ils ont donné, un témoignage de fils de féministe devenu adulte. Il ne s’agit pas ici de décrédibiliser mais rappeler que l’éducation féministe, comme n’importe quelle éducation, est un challenge qui demande de constamment se remettre en question. 

En général, en tant que parent, on avance un peu dans le noir sans savoir si l’on fait bien ou pas. Une parentalité feministe c’est un chemin encore plus sombre avec des obstacles encore plus nombreux.

Je me retrouve finalement avec une nouvelle charge mentale emprunt d’un idéalisme impossible sans pouvoir confronter ma manière de faire, isolée.

Il y a quelques semaines, la maîtresse m’interpelle à la sortie de l’école. “Nous pourrions discuter un instant”. Je m’assieds en face d’elle, soucieuse. Elle m’explique son inquiétude face à l’agitation de mon fils, son manque de concentration dès que d’autres élèves parlent. Puis elle me rassure. Elle me raconte cette anecdote alors que la classe regardait un film. Ce dernier met en scène un homme nu qui se lave sous une chute d’eau. A la vue des fesses, les voix des enfants ne font qu’une pour exprimer un dégoût général. “Bah quoi ? Vous vous lavez habillés vous !”. A côté de son agitation, elle apprécie la pertinence de mon fils. Ce rapport au corps et à la nudité, ça ! ça vient de chez nous…”il se lave quoi ! On peut passer à autre chose ?” Société 1 – 1 Moi

Et j’avoue que cette petite intervention sonne comme une mini-victoire pour moi. 

Nouvelle victoire quand il me tanne pour voir “Vaillante” au cinéma. Il me raconte lui-même le synopsis : “une petite fille qui rêve de devenir pompière mais son papa dit qu’on peut pas dire pompière maman! Et il lui dit non car les filles ne peuvent pas faire ce travail. Mais elle le sera quand même !”

Je fais la mère blasée qui concède à me rendre au cinéma s’il se comporte comme il faut… Alors qu’au fond de moi, mon cœur sautille de joie. 

En attendant que d’autres parents s’expriment, je prends ces petites “victoires” comme un signe que je suis sur la bonne voie.

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