Sexe & Art

Les mots structurent la pensée : Flinstonization

Cet article je l’avais initialement écrit pour postuler à la school media maker mais j’ai pris tellement de plaisir à l’écrire que j’ai eu envie de le partager ici et à titre personnel, il m’a pas mal fait cogiter.

Flinstonization

Flinstone, c’est le nom anglais de M.Pierrafeu, ce héros d’un dessin animé des années 60 qui raconte la vie de Fred, un homme des cavernes qui regarde la télé, conduit une voiture. Il est marié à Wilma, sa tendre épouse au foyer qu’il retrouve le soir en rentrant du travail.

Le nom de cette fantaisie métaphorique de la vie moderne a servi de préfixe à ce terme absent du dictionnaire français. J’ai lu ce livre pour la toute première fois dans mon incontournable “Sex at dawn” de Christopher Ryan et Cacilda Jetha. Flinstonization traduit la tendance de l’Homme moderne à envisager l’histoire à travers le prisme de nos mœurs et nos constructions sociétales modernes. Ce manque de recul a plusieurs conséquences par exemple sur notre vision du corps de nos ancêtres mais également sur leurs rapports.

©Inarp – Vénus de Renancourt

Notre vision du corps de nos ancêtres

J’ai publié 6 représentations préhistoriques féminines et comme vous avez pu le remarquer, elles ne correspondent que peu à nos idéaux modernes.

La dernière Vénus, ces représentations féminines de la préhistoire, a été trouvé près d’Amiens, sur le site de Renancourt cet été 2019. Âgée de 23 000 ans, cette statuette présente les mêmes caractéristiques que la Vénus de Willendorf ou de Hohle Fels.

Les canons de beauté de la préhistoire

Bien loin de nos canons de beauté modernes, les femmes représentées sont souvent stéatopyges et larges. Bien loin de l’imaginaire de la femme chétive et soumise, il semblerait que nos ancêtres féminins n’étaient pas plus fines ou plus petites que les hommes de leur époque d’après Claudine Cohen, historienne et auteure de « Femmes de la préhistoire ».

Le dimorphisme sexuel

Il semble que le dimorphisme sexuel de l’être humain, c’est-à-dire les différences caractéristiques entre homme et femme soit dû à une sélection sexuelle. Cette préconception concernant le corps féminin a des conséquences lorsqu’il faut définir le sexe de restes humains datant de la préhistoire. Ainsi « L’homme de Menton » identifié comme homme de par sa robustesse et l’ornement de sa sépulture synonyme de fort pouvoir social a finalement été identifié comme une femme.                                                  

Darwin pensait que les premières femmes devaient être aussi poilue et fortes que leur contemporain mâle. De quoi repenser l’idée que la femme est naturellement plus faible. Mais notre manque de recul quant à notre vision des rapports que pouvaient entretenir nos ancêtres pourraient également nous donner une leçon.

Un modèle familial différent ?

Alors que la PMA et les familles homoparentales déchainent les passions, certains n’hésitent pas à avancer que depuis la nuit des temps, une famille est composée d’un père et d’une mère. Mais la préhistoire ne nous a légué aucun indice quant à la structure familiale de l’époque.

Si la famille nucléaire est le modèle prégnant aujourd’hui, il n’est pas le modèle absolu. Pour l’anthropologue Maurice Godelier, les systèmes de parenté et les formes de famille sont diverses et évoluent.

©FranceTV – Une famille Moso

Chez les Moso par exemple, une famille se compose des frères et sœurs qui vivront toutes leurs vies dans la maison avec leur mère. Les femmes conçoivent des enfants avec leurs amants et ces enfants auront comme figure masculine leurs oncles. Et puisque les mots structurent la pensée, le mot pour père et mari n’existe pas chez les Moso.

Chez les Trobriandais, peuple d’une archipel en Papouasie – Nouvelle Guinée, si le mariage existe, l’enfant est sous la tutelle de son oncle qui a la charge de ses sœurs.

Beaucoup de peuple de chasseur-cueilleur ne font pas le lien entre l’accouplement et l’engendrement. Il peut en résultat des liens de parenté bien différents des nôtres et ce n’est pas pour autant que l’on peut prétendre qu’ils sont mieux ou pires.

Il semble que nos difficultés à remettre en question notre vision du passé fassent écho à nos difficultés à envisager d’autres modèles que le nôtre aujourd’hui et in fine ceux pour demain.

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