Sexplication

Touche pas la réceptionniste

Hôtellerie réceptionniste agression
Un oreiller supplémentaire

“Mademoiselle, vous auriez un oreiller supplémentaire ?” Je ne saurai dire le nombre de fois où j’ai entendu cette phrase. Mais qu’est-ce qu’ils vont faire d’un cinquième oreiller ? Il les mange ? des fétichistes de l’oreiller ? 

C’est des années plus tard que j’ai appris que l’oreiller supplémentaire était un code secret pour demander les services d’une prostituée. Sauf que le service de prostituée est loin d’être une norme dans les hôtels. 

Je me revois amener un oreiller supplémentaire, souriante, ravie d’avoir rempli ma fonction et eux retourner à leur chambre, la queue entre les jambes, c’est le cas de le dire. 

Certains clients moins subtiles, plus cash proposeront de l’argent, demanderont un massage à la réceptionniste, à la femme de chambre …

Le sourire de la réceptionniste

Lorsqu’une envie pressante se fait sentir, que l’on termine le dernier call de la journée et que madame n’est pas là, qui de plus accessible que la souriante “petite” réceptionniste derrière son desk ? Parce que le sourire, c’est un peu l’équivalent de la jupe.

Le sourire, c’est la qualité principale que l’on demande à une réceptionniste. Qui ne s’est jamais plaint de la réceptionniste, l’hôtesse d’accueil ou de caisse “qui fait la gueule”. Le travail que nous déployons chaque jour en pratique est lui ignoré.La sociologue Gabrielle Schütz, auteure de Jeunes, jolies et sous-traités: les hôtesses d’accueil, appelle cela le piège de l’éternel féminin. Les qualités d’accueil ou d’empathie sont jugées comme intrinsèques à notre nature et notre genre. Naturellement enclines à se soucier des autres, à anticiper les besoins, être polies. “L’éternel féminin jette un voile d’invisibilité sur les compétences qu’on ne voit que quand elles font défaut”. Sans compétence, souvent jeunes et de sexe féminin, nous nous retrouvons “à la croisée de trois rapports de domination: le genre, l’âge et le statut social.”

Hôtellerie: un monde à part

Après dix ans dans l’hôtellerie, je peux dire que les hôtels sont de petit univers où le temps d’un séjour, la bienséance semble optionnelle. Cela va de la commission numéro 2 dans la douche aux clients qui ouvrent la porte nus ou encore aux avances répétées, insistantes, propositions de rejoindre les clients dans leur chambre, prendre un verre voire les gestes déplacés envers un personnel féminin.

Des réceptionnistes soutenues de la direction … ou pas

“ça te dit de venir prendre un verre dans ma chambre ?” Me demande un homme d’affaire anglophone. Comme d’habitude, je refuse poliment. Avec assez de fermeté pour que monsieur n’insiste pas mais pas trop pour ne pas le brusquer. Manager l’ego d’un homme éconduit, sport international pour la gente féminine et dans un conflit client-réceptionniste, c’est toujours notre parole contre celle d’un client.

Dans mon cas, ça n’a jamais été trop problématique ayant une direction qui m’a toujours soutenu. 

*Maeva ne peut pas en dire de même. Certains responsables d’établissement prennent la satisfaction de leur client à coeur.

Elle se souvient d’un manager Chinois qui lui avait manifesté son émoi. Tous les soirs, ses collaborateurs tentaient de la convaincre d’accepter ses avances. La veille du départ, son patron agacé son refus, lui avait jeté des billets sur le desk dans l’espoir de finir de la convaincre.

Caché quelque part entre les clients capricieux voulant le Meurice à 100€ et les chaînes hôtelières déshumanisantes, se trouve le personnel hôtelier féminin et masculin qui tient au sens du mot service comme l’hôtellerie française a su l’exercer. 

Un métier de cœur

Nous nous occupons de nos clients, les guidons, les conseillons pendant leur séjour. Ce n’était donc pas anormal d’avoir un pincement au coeur en disant au revoir à certain, comme ce couple de retraité et leur petite fille venus pour les vacances. Je me rends dans la réserve pour récupérer les bagage laissés mais lorsque je me retourne monsieur se trouve derrière moi. “Votre pourboire”. Alors que je tends la main pour attraper le billet, monsieur m’attrape le bras pour m’amener contre lui, me bloque et m’embrasse le cou. 

Souvent les choses peuvent déraper, les tentatives relevés de l’agression sexuelle. 

Hortense, elle, travaillait dans un hôtel au centre ville de Lens. “J’étais habillée tout à fait normalement, rien d’aguicheur, rien de vulgaire” commence-t-elle. Le système fonctionne à l’envers, nous l’avons métabolisée. Comme toutes les femmes agressées, il nous convient de prouver que nous avons tout fait pour ne pas être agressée.

Ce soir d’été, elle accueille un client arrivé tardivement “ça fait plaisir d’être accueilli par une jolie jeune fille”. “De toute façon vous savez où est ma chambre mademoiselle” ajoute-t-il en montant. 

Il l’appellera quelques minutes plus tard sous prétexte que la télé ne s’allume pas. Lorsque la jeune femme se rend compte que la TV marche correctement, le client se tient derrière elle. “Il me bloque le passage et commence à me faire des avances bien explicites”. Alors qu’il se rapproche, elle finit par prendre le seule chemin qui lui restait…par dessus le lit avec ses chaussures. “Quand je suis sortie dans le couloir, il a mis sa tête à la porte de la chambre, tout en continuant de me dire des phrases obscènes”.

L’affaire qui a fait tremblé l’hôtellerie

Mai 2011. La France tremble. Le candidat socialiste aux présidentielles est accusée d’agression sexuelle sur une femme de chambre.  

La plèbe dans sa fougue habituelle avancera qu’il est impossible que l’ancien directeur de fond monétaire internationale risque sa carrière pour une femme comme elle: “moche” “même pas belle”. Plus tard le New York Post publiera que Madame Diallo est en faite une prostituée. 

La vérité concernant cette histoire ne nous appartient pas et ne nous appartiendra jamais mais je me souviens de ma réaction à l’époque. Rien d’étonnant. Triste mais scénario probable parce que, que nous soyons belle ou pas, célibataire, avec des enfant n’a pas d’importance dans ce scénario. J’avais l’impression d’être un morceau de viande. Dans cette configuration, les femmes de chambres sont traités avec le même égard. Envisageable car en bas de l’échelle hiérarchique et au plus près du lit. 

Vous vous souvenez du businessman anglophone du début… Il finira par faire des avances quelques heures plus tard à l’autre femme la plus proche de son lit: Annie, la femme de chambre alors qu’elle nettoyait les parties communes de l’hôtel. 

Les autorités ont connaissances de ces dérives et de nombreuses études ont prouvé que les salariés de l’hôtellerie-restauration recevaient le plus d’attentions sexuelles non désirées. Pour remédier à la situation, il est important de reconnaître les salariés du secteur pour toutes leurs compétences mais également faire un travail de prévention. 

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