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La nostalgie des militaires pour les Nayas djiboutiennes

À Djibouti, Naya est un terme pour parler des bonnes employées dans les maisons. Sur les forums d’anciens militaires, il prend une toute autre signification. Il nomme les prostituées que l’on retrouvait dans les bars de Djibouti. Des établissements très fréquentés par les militaires présents dans le pays.

Sa situation géopolitique ainsi que sa relative stabilité politique fait de Djibouti un pays où de nombreuses forces militaires se sont installées au fil des années. En effet, Djibouti, la capitale accueille sur son seul territoire les bases militaires françaises, américaines, chinoises, italiennes et japonaises. 

Les anciens militaires, marins ou légions étrangères refusent d’en parler. J’ai vainement tenté d’en contacter. Pour autant les forums foisonnent de témoignages nostalgiques qui font allusion à leurs heures passées près des nayas. Ils évoquent en particulier Mamie Fanta, une djiboutienne connue auprès des militaires pour une pratique plutôt atypique. Une nostalgie heureuse et naïve d’anciens militaires qui cachent cependant une réalité beaucoup moins joyeuse pour les femmes sur place. 

“Elle a marqué des générations de marins et de militaires, que de souvenirs ”

Mamie Fanta: La nostalgie des militaires

Les militaires : grand consommateur de prostitution

“Loin de leurs familles et vivant dans l’angoisse de la mort, les soldats ont de tout temps constitué une manne pour les prostituées qui suivent les troupes”. (Source)

La première fois que j’entends parler de cette Mamie Fanta c’est via une connaissance dans la marine. Lui ne l’a pas connu personnellement mais a beaucoup entendu parler de cette djiboutienne qui aurait travaillé dans les années 80-90. D’après les témoignages, cette femme tiendrait son nom du faite que, pour amuser les clients de la flèche rouge (le bar où elle exerçait) elle s’asseyait sur les goulots de bouteille de fanta pour les faire “disparaitre”. Selon d’autres témoignages, il ne s’agissait pas de bouteilles mais de pièces de monnaie. 

Les nayas de Djibouti : la nostalgie des militaires
Les nayas de Djibouti : la nostalgie des militaires

Je fais donc des recherches toutes simples sur google. C’est avec un peu de surprise et de dégoût que je trouve des dizaines de posts. D’anciens militaires racontent leurs heures passées auprès de Mamie Fanta et autres nayas. 

“Passer à Djibouti et ne pas voir Mamie Fanta, c’est comme passer à Paris et ne pas voir la tour Eiffel”

Les nayas de Djibouti : la nostalgie des militaires
Les nayas de Djibouti : la nostalgie des militaires

Une présence militaire cause de la prostitution à Djibouti

Des témoignages de souvenirs enchantés qui occultent une réalité beaucoup plus dramatique. 

D’après un rapport de la ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté (WILPF), ⅔ de la population djiboutienne vit sous le seuil de la pauvreté.

D’après un autre rapport de la commission européenne :

  • le taux de chômage à Djibouti atteint presque les 50 %.
  • Il est encore plus important chez les plus jeunes : 70% des chômeurs ont moins de 30 ans.

Toujours selon la WILPF, la combinaison d’un grand nombre de militaire étranger ainsi que le grand nombre de réfugiés et un taux d’emploi faible met le feu aux poudres aux violences sexuelles et à l’exploitation. 

Une nostalgie naïve

Dans la plupart des pays, les clients de la prostitution sont pénalisés. Mais à voir les trop nombreux témoignages, on ne peut que constater la facilité avec laquelle ces vétérans relatent leurs “heures joyeuses” auprès des Nayas. Rencontrer une prostituée près des bases militaires semble être une pratique largement acceptée, voire même un rite de passage.

Les nayas de Djibouti : la nostalgie des militaires
Les nayas de Djibouti : la nostalgie des militaires

“Je n’ai gardé en moi que les meilleurs souvenirs (même ceux nous faisant passer obligatoirement à l’infirmerie”. déclare sur un forum un ancien militaire affecté dans les années 80. 

Les conséquences de la prostitution des djiboutiennes.

L’une des conséquences de cette prostitution non régulées est l’augmentation des IST dans le pays. Des chiffre cependant moins important pour les hôtesses de bars que les prostituées de rue. Une des raisons qui expliquent cette dernière tendance : depuis de nombreuses années, les autorités militaires françaises fournissent aux hôtesses de bars des services de prévention contre les IST(Source). On peut douter de l’intention philanthropique de ces services.

Dans la narration de leur souvenirs, beaucoup oublient de les humaniser. Certains affichent même des photos de ces femmes sur Internet sans un nom, les décrivant simplement comme « une naya ». Ils se remémorent quels bars étaient des taudis, où se trouvaient les moches et les canons.

Une vaine tentative d’endiguer la prostitution à Djibouti

Les nayas de Djibouti : la nostalgie des militaires
Les nayas de Djibouti : la nostalgie des militaires

En 1995, les autorités tentent de fermer le quartier rouge. Ils décrètent que l’alcool ne sera servi que dans les clubs privés, restaurants et hôtels d’au moins 10 chambres. Les tenanciers de bars ont donc contourné la loi en transformant leur établissement en restaurant. (Source)

Certes l’État djiboutien a failli à endiguer la problématique. Mais il est cependant nécessaire de rappeler aux dirigeants militaires étranger leurs lourdes responsabilités quant à la situation du pays. Tant qu’il y aura des exploitants, il y aura des exploité-e-s.

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