Agression

Survivre à une agression (1)

L’après agression : Hypersexualité et conduite à risque

Alors cet article est sûrement l’un des plus délicats que j’ai eu à écrire … pour l’instant. Déjà parce que ce sont des mécanismes dont on n’a pas conscience, parce qu’ils font énormément de mal, ils continuent à faire mal après un événement traumatique et enfin parce que j’y suis passée donc c’est forcément assez personnel.

Pour ma part je ne saurais pas vous dire ce qu’il se passait dans ma tête, quelle était ma réflexion pendant toute cette période entre mon agression et puis ma dépression en 2012-2013 puisque c’est vraiment à partir de ce moment là que j’ai commencé à « guérir », exorciser tout ce qui a pu se passer.

Donc cette période entre 2009 et 2012 m’a l’air d’une période terriblement nébuleuse où j’ai enchaîné les relations, les aventures sans me protéger (au sens émotionnel du terme).

A propos du consentement : Une agression sexuelle peut être un événement fatal dans la construction de son estime de soi alors qu’est ce que le consentement sans estime de soi ? Vous avez 3 heures…

LE CERVEAU APRES AGRESSION

Après l’agression, ma relation au sexe se limitait à ma disponibilité plus qu’à mon consentement pour vous dire la vérité. Il est maintenant prouvé scientifiquement que les agressions peuvent avoir des conséquence sur le cerveau parmi lesquels un amincissement de certaines aires du cerveau causant un manque de sensations.

Me concernant, ce manque de sensation que décrit le Dr Salmona dans un article m’a interpellé. Je n’ai pas eu l’impression d’avoir eu un corps ou en tout cas d’être au commande de ce corps pendant plusieurs années. J’en étais la victime et je continuais à me mettre dans des situations que j’aurais pu, avec une conscience réelle de mon corps et mon estime de moi, éviter.

Je ne suis pas psychologue, neurologue ou autres donc je vous invite à lire cet article très intéressant mais je ne m’amuserai pas à vous le retranscrire au risque de faire des erreurs de néophyte. La seule chose que je vous dirai c’est que rien n’est irréversible !

LA DISSOCIATION

A la suite de l’agression, j’étais malheureusement tombée enceinte. Entre la violence de l’agression, les examens hospitaliers qui se suivent pour acter de l’agression, ceux pour vérifier la grossesse et ceux précédents et suivants l’avortement, je ne pouvais que me dissocier de mon corps d’une façon tellement insidieuse et franche que je me dis que j’ai fait un sacré chemin.

Dans mon cas, la dissociation a été nécessaire si je voulais survivre psychologiquement. Avec toute la culpabilité que peut porter une victime d’agression à la base et celle à laquelle veulent nous pousser les anti-avortements j’étais obligée de m’anesthésier: Ce n’était pas mon corps, pas mon sexe, pas mon embryon.

Et malgré moi, les premiers mots que j’ai dit aux infirmières en me réveillant de l’anesthésie, suite à l’avortement ont été « vous l’avez gardé ? » (dans les cas de grossesses suivants une agression sexuelle, l’avortement a lieu plus tardivement qu’un avortement « traditionnel » afin de garder l’embryon pour pouvoir effectuer d’éventuel test ADN… en tout cas en 2009 quand j’ai avorté).

L’après….

Les années qui ont suivi ont gardé les traces de cette anesthésie. Je n’avais cure des hommes que je connaissais ( au sens biblique du terme) mais très paradoxalement la seule chose à laquelle j’aspirais était de trouver une ancre émotionnelle, trouver un homme, je m’en rends compte aujourd’hui, qui me protégerait de mon mal-être face à l’inconnu, me protégerait de tout et surtout de moi.

Je crois qu’une agression, dans mon cas en tout cas, est une destruction totale de soi, de certains acquis. Une jeune femme, dans notre société apprend à se protéger de l’envie des hommes extrêmement présente, imposante dans la vie de tous les jours. Dans certains cas d’agressions, les choses sont à réapprendre. Dans mon cas je me lançais dans certaines relations sans sens par manque de considération, considération dans son sens large: pour mon corps, mon être, mon estime. Puis venait ce besoin de retrouver mon estime par l’entremise d’un autre, d’une personne extérieure en l’occurrence un amoureux, puisque je n’étais pas capable de me l’apporter seule.

Je ne ressentais rien et ressentais trop à la fois. Il me fallait quelqu’un pour me protéger de tout et de moi. Je voulais me caser pour ne plus jamais avoir à me méfier, me protéger car je ne savais plus le faire donc autant pour vous dire que j’étais une proie facile pour ceux qui avaient compris cela. Et malheureusement les prédateurs sont extrêmement présent.

Que ce soit une aventure ou une relation amoureuse, j’étais facile.

Malheureusement les prédateurs sont nombreux et sans capacité à se protéger, une victime coincée dans un cercle vicieux entre l’impossibilité de se protéger, entre le manque et la recherche d’estime continue à se faire agresser sans cesse.

PROTÉGER LES VICTIMES D’AGRESSIONS

j’ai mis quelques années à me sortir de cela. Certain-e-s ne le feront jamais. C’est pour cela qu’il est impératif de protéger et suivre les personnes victimes d’agressions sexuelle. Que ce soit dans les cas d’hypersexualité ou hyposexualité ( dont je parlerai dans un autre article) les victimes ont besoin d’être reconnu, protégées et soutenues. Il y a un travail de « re-conscientisation » à son propre corps que l’on ne PEUT pas faire seule.

Nous sommes encore dans une société où la culture du viol est prégnante donc la plupart des victimes sont abandonnées à elles-mêmes.

VICTIME:

Pour toutes celles et ceux qui vivront une agression qui vous atteint encore. Trouvez les interlocuteurs qui vous aideront à surmonter tout ça , pas des substituts à votre amour propre. Cherchez des personnes ayant l’oreille pour vous aider à exorciser. Le bon ami, la bonne amie, un parent, psychologue, psychiatre ou médecin. Je peux vous promettre une chose et ça reste entre vous et moi, vous allez vous relevez.

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